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Bu söyleþi Ben Pierre Riviere… oyununun Mayýs 2007’de Paris’te gerçekleþtirilen ATEP3 festivali kapsamýnda sergilenmesi vesilesiyle yapýlmýþ ve www.culturofil.net sitesinde yayýmlanmýþtýr. Celal Mordeniz travaille à Istanbul. Avec sa compagnie, Seyyar sahne, il s’est intéressé à l’histoire de Pierre Rivière, fait divers sanglant consigné au XIXe siècle de la main même de ce jeune paysan auteur des meurtres de sa mère, de son frère et de sa sœur. Affaire sinistre et fascinante, elle est aussi au cœur de la démarche artistique de Laurent Stephan, venu de Montpellier présenter ses Variations autour de Pierre Rivière. Deux points de vues, deux lectures d’une même histoire se confrontent ce soir, conviant le public à un moment théâtral que l’on devine rare, fugace, exceptionnel. Entretiens autour de Pierre Rivière. RENCONTRE AVEC CELAL MORDENIZ1 Culturofil : Comment avez-vous découvert la fête théâtrale de Paris 3, et pourquoi avez-vous choisi d’y participer ? Celal Mordeniz: En fait, dès la conception de la pièce, nous avons gardé à l’esprit que nous pourrions la présenter dans des festivals nationaux aussi bien qu’internationaux. Nous avions alors déjà en tête que des manifestations pourraient l’accueillir. Par l’intermédiaire de notre amie Miné et de Zeynep Su, qui est membre de l’ATEP3, nous avons été informés de la préparation de la fête théâtrale de Paris 3. L’idée nous est ainsi venue de préparer un dossier pour y participer et présenter cette pièce que nous avions déjà jouée dans différentes villes de Turquie. Culturofil : Votre spectacle parle de l’histoire de Pierre Rivière. En quoi ce sujet vous a-t-il intéressé ? Celal Mordeniz : J’ai découvert le texte pour la première fois en 1997 à travers le recueil de Michel Foucault, au sein duquel se trouve le mémoire écrit par Pierre Rivière. À l’époque, il travaillait avec une troupe universitaire sur Woyczek de Georg Büchner. Je me suis alors aperçu que des parallèles très frappantes existaient entre les deux textes sur un certains nombre de problématiques. J’ai d’abord eu l’idée d’adapter certains éléments du texte de Rivière à la pièce de Büchner, mais j’ai finalement décidé de traiter les deux spectacles séparément. Par ailleurs, le thème du texte m’a intéressé dans la mesure où il porte sur la condition humaine en général. Il s’agit évidemment d’une condition tragique qui nous montre que pour être un être humain, il faut beaucoup souffrir, et qu’il n’est pas possible de faire autrement. C’est un thème qui intéresse beaucoup notre troupe et sur lequel nous avons travaillé à travers d’autres de nos projets. C’est pourquoi nous avons été conduits à choisir ce texte. Culturofil : Le texte Moi, Pierre Rivière… est un mémoire rédigé de la main même du criminel. Comment avez-vous travaillé sur l’adaptation de ce matériau, de quelle façon avez-vous envisagé sa théâtralisation, et quels aspects de ce cas criminel souhaitiez-vous privilégier ? Celal Mordeniz : Au début, nous nous sommes posés beaucoup de questions sur la manière dont nous allions adapter ce texte sur scène. À l’origine, nous n’avions pas pour seul point de départ le mémoire de Pierre Rivière, mais aussi d’autres propos empruntés aux témoins de ce crime, ce qui signifiait que plusieurs personnes devraient parler pour raconter cet événement. Au début donc, l’idée était de présenter tous les aspects de cette affaire, en incluant ses témoins. Mais on s’est ensuite rendu compte que ce qui était vraiment intéressant dans le texte, c’était la solitude même de Pierre Rivière. À partir de là, nous avons décidé d’abandonner tous les autres éléments pour nous concentrer uniquement sur Pierre Rivière. Pour cette raison, le personnage apparaît seul sur scène, face aux spectateurs, auxquels il raconte ce qui s’est passé, sans mélanger ses propos avec ce qu’en on dit les autres. Culturofil : Votre travail s’appuie sur un texte assez inédit au théâtre. Le fait de mettre en scène cette histoire en France, pays où elle s’est déroulée, suscite t-il pour vous un intérêt particulier ? Qu’attendez-vous de la rencontre de votre spectacle avec le public ? Celal Mordeniz : Le fait que c’est un texte qui est peu connu constitue plutôt un avantage pour nous en général, parce que cela nous permet finalement de surprendre, d’interpeller plus aisément des spectateurs qui n’ont aucune idée de ce qu’il vont voir, et sont donc sans à priori. Ce qui compte pour nous, c’est d’abord d’avoir une rencontre entre les spectateurs et Pierre Rivière sur scène, sachant qu’il s’agit d’une rencontre étrange, presque mystique, puisque celui qui s’adresse à eux a vécu les événements qu’il évoque. Ensuite, il est vrai que jouer en France présente un aspect intéressant dans la mesure où il s’agit d’un personnage qui n’appartient pas à notre culture, mais à celle des spectateurs. Culturofil : Quels autres projets envisagez-vous ? Celal Mordeniz : Après Pierre Rivière, nous avons monté une autre pièce, centrée sur l’usage du corps et du son, et plus particulièrement des chants. Comme texte, nous avons choisi un extrait de l’Ancien testament, L’Ecclésiaste, ce qui était pour nous quelque chose d’extrêmement nouveau, d’un peu inattendu. Nous avons préparé un spectacle de quarante-cinq minutes que nous avons présenté à plusieurs reprises à Istanbul. Quand à Pierre Rivière, nous souhaitons continuer à le jouer dans d’autres festivals, au gré des possibilités à venir. ENTRETIEN AVEC LAURENT STEPHAN Culturofil : Vous êtes originaire de Montpellier. Comment l’idée de votre participation à la Fête théâtrale étudiante de Paris 3 est-elle née ? Laurent Stéphan : C’est en apprenant que l’équipe turque de Seyyar sahne (qui travaille aussi sur le cas de Pierre Rivière) allait venir présenter son spectacle en France que j’ai eu l’idée de proposer aux organisateurs de la Fête théâtrale étudiante de Paris 3 d’accueillir aussi mon solo, pour que les spectateurs aient la chance de voir en une même soirée deux visions théâtrales du même personnage, deux points de vue sur cette terrible et fascinante histoire. Culturofil : Vous évoquez sur scène l’histoire de Pierre Rivière, paysan ayant assassiné sa mère, son frère et sa sœur au XIXème. En quoi ce personnage vous a-t-il intéressé ? Laurent Stéphan : Je suis loin d’être le seul à m’intéresser à Pierre Rivière. Au-delà des 172 ans qui nous séparent de son geste criminel, ce jeune homme parvient à nous poser des questions terriblement tenaces et à bouleverser nos certitudes. L’écrit qu’il nous a laissé est malheureusement encore d’actualité, même s’il offre en partage plus de questions que de réponses. Ce texte n’a pas pris une ride. Le Festival de Cannes présente d’ailleurs ces jours-ci un film de Nicolas Philibert intitulé Retour en Normandie qui traite précisément de la persistance des questions soulevées par Pierre Rivière, suite à un tournage sur les lieux de son triple meurtre de 1835. L’équipe de Seyyar sahne et moi présentons nos spectacles au même moment, il y a donc cette année une grosse actualité Pierre Rivière ! Culturofil : Votre spectacle s’intitule Variations autour de Pierre Rivière. Quels aspects de cette affaire criminelle avez-vous privilégiés ? Quelle place accordez-vous à sa portée psychanalytique ? Laurent Stéphan : J’ai centré mon spectacle sur Pierre Rivière lui-même, c’est pourquoi il s’agit d’un solo. Mon propos est de « pénétrer, cliniquement, l’âme du crime », comme l’a dit un journaliste. D’après les pièces du procès, ses interrogatoires, les témoignages des gens qui l’ont côtoyé et surtout le cahier qu’il a lui-même rédigé une fois en prison, on peut dire que ce jeune homme avait une personnalité incroyablement déroutante. La psychanalyse n’existait pas encore, mais les spécialistes de l’époque - des aliénistes - ont été convoqués : ils s’y sont cassé les dents, ils n’étaient pas d’accord entre eux. Le cas Pierre Rivière ne rentrait dans aucune case, et encore maintenant - et c’est ça qui est passionnant - il suscite des débats et des points de vue différents. Le cahier qu’il nous a laissé est maintenant traduit et publié dans une vingtaine de langues, il a été lu par des milliers de gens de toutes nationalités et de tous horizons : ça n’est pas mal pour un jeune paysan que tout le monde pensait arriéré et illettré ! Culturofil : À partir de quelle approche scénique avez-vous construit votre mise en scène ? Laurent Stephan : Pierre Rivière avait une relation très forte avec les objets, c’est ça mon point de départ. L’inventaire de ses poches, lors de son arrestation, m’a longtemps fait rêver. Il s’enfermait dans des granges pendant des heures pour assembler des bouts de bois, des clous et des ficelles, alors qu’il était dans une grosse difficulté de communication avec les humains, c’est donc à travers les objets que je veux le raconter. Les spectateurs seront autour de moi, très proches ; je ne veux pas que ce soit confortable. Je pense avoir trouvé une forme pertinente pour faire entendre et résonner les mots de Pierre Rivière, et je veux que ces mots soient entendus parce qu’ils sont de nature à nous bouleverser. Culturofil : Avez-vous d’autres projets en perspective ? Laurent Stéphan : Je ne suis pas intéressé que par les drames de la vie, mais je dois dire que, pour moi, le sujet le plus brûlant, celui qu’il faudrait vraiment aborder aujourd’hui, c’est celui de la guerre en Tchétchénie. J’essaie de rester documenté. Je trouve que ce qui se passe là-bas est épouvantable, et que le silence qui accompagne depuis des années ces atrocités est épouvantable aussi. Tellement épouvantable que je ne trouve pas de traitement théâtral adéquat. Je reste muet d’horreur. Je crois pourtant qu’en trouvant la forme juste, le théâtre pourrait secouer les consciences, mais dans ce cas précis, je n’ai pas encore trouvé la forme juste. Dans un registre bien plus léger, je travaille cette année sur mes propres racines familiales. Je me suis emparé des mémoires de mon grand-père paternel, Marc Stéphan, qui a écrit sur la fin de sa vie ses souvenirs d’enfant. Il dépeint avec beaucoup de précision et d’humour le Douarnenez des premières années du vingtième siècle, quand cette petite ville bretonne résonnait chaque nuit du claquement des sabots des ouvrières sortant des conserveries de poissons, puis il aborde les bouleversements dus à l’apparition de l’automobile, de l’aviation et enfin à l’éclatement de la première guerre mondiale. On est loin de Pierre Rivière et de ces meurtres, mais il y a pourtant un dénominateur commun : le rapport fantasmé au père… Et voilà comment les comédiens s’épargnent une psychanalyse ! Non, je blague. Sur un sujet aussi sensible que celui de Pierre Rivière, qui touche à la folie, au matricide et au fratricide, on s’emploie à comprendre et ressentir, mais on fait ça en cherchant la bonne distance avec le sujet d’étude. Si les problématiques qu’on visite comme comédiens nous permettent de descendre dans nos zones d’ombre, je crois qu’il peut se passer la même chose pour les spectateurs. Mais venez plutôt voir les représentations de ce soir ! Pour plus de renseignements sur le spectacle de Laurent Stéphan, rendez-vous sur le site qui les est consacré. Moi, Pierre Rivière… d’après Pierre Rivière, mise en scène de Celal Mordeniz, vendredi 25 mai à 19h en salle 25. Variations autour de Pierre Rivière, mise en scène de Laurent Stephan, vendredi 25 mai à 21h en salle 25. Infos pratiques : Université Paris 3 – Sorbonne Nouvelle 13, rue Santeuil, Paris 5e M° Censier Daubenton. Renseignements complémentaires sur le site de l’ATEP 3 et sur la page culture de Paris 3. |